jeudi 19 juillet 2012

Fantalia, d'Andreas (1986, éditions Magic Strip)

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Publié en 1986 chez Magic Strip, Fantalia n'a jamais été réédité: originaux dégradés, films perdus... je me permets de mettre ces scans à disposition puisque les chances de le voir rééditer un jour sont pour ainsi dire nulles et je pense ne porter préjudice à personne.

J'ajoute un texte basé sur une chronique que j'avais réalisé pour le site bulle d'air

Dans l'œuvre d'un auteur, certains livres acquièrent un statut particulier, dû en général à leur singularité ou leur rareté. Fantalia combine rareté et singularité, ce qui en fait un livre particulièrement recherché par tout amateur d'Andreas.
Paru chez l'éditeur Magic Strip, les originaux ont été accidentellement détruits et les films perdus, rendant quasi impossible toute tentative de réédition. On peut encore en dénicher des exemplaires en chinant ou sur des sites commes eBay, mais souvent à des prix prohibitifs. Heureusement, des scans sont accessibles sur le site de Quentin (ainsi que nombreuses autres histoires courtes, inédites en albums... merci à lui). Voici pour la rareté de l'objet.
Fantalia, aussi décliné en portfolio, est une commande de l'éditeur, qui n'imposa que quelques contraintes d'ordre techniques : recto en couleur et verso en N&B, format carré et grandes cases muettes. Pour le reste, Andreas jouit d'une liberté créatrice totale.
Nous sommes alors en 1986. Andreas est un auteur qui s'est installé dans la profession. Il alterne une série, Rork, et des livres indépendants (on ne parle pas encore de one-shots) comme Cromwell Stone ou la caverne du souvenir. Il vient également de publier Cyrrus, premier tome d'un ambitieux diptyque aux Humanoïdes Associés. Mais comment vit-il ce statut d'auteur ?
Fantalia apporte un élément de réponse, qui sonne comme un cri d'angoisse. Dans un style qui peut rappeler les novels in woodcuts de Lynd Ward, il met en scène un homme seul qui se retrouve assailli dans un monde coloré et chatoyant, jusqu'à le mener à la folie.
Récit à forte portée symbolique, qu'on pourrait interpréter comme l'angoisse de l'artiste qui voit sa solitude créatrice confrontée aux réalités de la vie (Andreas est alors jeune papa), et qui panique à l'idée de ne pas pouvoir assumer les responsabilités et les sollicitations que cela entraîne. Sans doute le plus autobiographique des livres d'Andreas, qui joue parfaitement du format pour traduire toutes les émotions contradictoires qui émanent de ce récit.
Fantalia est un livre-objet particulièrement complexe, riche de sens et de trouvailles, dont la chute rattache métaphoriquement le livre et son auteur, d'une manière inattendue. Un livre noir et dépressif, qui mériterait d'ailleurs une analyse plus complète.


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